Le déroulement
Chaque année sont nommés des prieurs qui porteront la responsabilité des prochaines festivités. Sont ainsi sélectionnés deux hommes, l'un d'eux au moins disposant d'une habitation et d'une cour ou d'un terrain attenant suffisamment vaste pour organiser certains préparatifs de la charrette, la messe des prieurs, le déjeuner des charretiers et autres activités. Ils sont ensuite présentés à l'ensemble des membres.
La préparation matérielle de la charrette débute courant mai, les hommes collent les drapeaux de la confrérie sur leur hampe de bois brut. Imprimés sur papier, ces drapeaux portent le nom de l'association, celui des prieurs de l'année ainsi que l'image de Saint Eloi.
De leur côté, les femmes confectionnent les fleurs en papier qui serviront à décorer la charrette.
Le vendredi matin précédant la sortie de la charrette les hommes de la Confrérie vont dans le massif des Alpilles couper le buis qui servira à garnir la charrette. Le vendredi après-midi et le samedi, ils habillent la charrette avec le buis ramassé et la décore de fleurs et d'épis de blé.
Le dimanche matin, chez l'un des prieurs, la messe des prieurs précède le déjeuner des charretiers.
Puis le défilé s'organise.
Les chevaux de labour sont attelés en flèche (à la queue-leu-leu) à la charrette. L'animal placé entre les bras de celle-ci (le limonier, lou limounie), celui qui le précède (le chevillier, lou càvihie) et le cheval qui va marcher en tête de file (le devant, lou davans) ont été attentivement choisis en fonction de critères divers : beauté, force, docilité, expérience. Les autres chevaux sont appelés cordiers (courdié). Tous sont soigneusement étrillés et leurs sabots huilés. La plupart sont somptueusement harnachés, les dix ou douze premiers en particulier dont les garnitures, chefs-d'œuvre d'artisanat, sont dites à la sarrasine. Elles ne sont pas effectivement sans rappeler celles que portent dans les grandes occasions les mulets, ânes et chevaux de Sicile, d'Espagne méridionale ou du Maghreb : brides très ouvragées en cuir cousu de brins de laine de couleurs vives, colliers surmontés d'un demi-cercle de plumets multicolores, de miroirs incrustés et de clochettes (la chapelle), plantés de drapeaux de la confrérie, couvertures brodées et peaux de mouton teintes (li rava) sur le dos, le tout agrémenté de rubans, de pompons et de fleurs artificielles.
Le défilé démarre.
Il est composé d'attelages, de la charrette des enfants, de dames revêtant le costume de nos anciens, des cavaliers montés sur des chevaux camarguais et enfin de la charrette.
Les charretiers, tête nue, vêtus d'un pantalon bleu, d'une chemise blanche, la taille ceinte d'une taillole (taiolo) jaune et rouge, tiennent les chevaux à main droite. Certains d'entre eux, debout sur le dos de leur cheval, font claquer un fouet au-dessus de leur tête. À l'intérieur, des musiciens jouent des airs de gaboulet accompagnés du tambour. Le cortège parcourt les rues du village à l'allure du pas des chevaux, passant à plusieurs reprises devant l'église devant laquelle se tient le curé qui bénit, le défilé, les animaux et la charrette. La journée se poursuit et se termine par un apéritif et un repas au mas du prieur.